PLANTES DE BUREAU
Exposition de Catherine Lescarbeau
du 1 septembre au 9 janvier 2015  -  Vernissage 18 septembre 17h

Dans sa pratique artistique, Catherine Lescarbeau s'intéresse aux relations entre l'art et la critique de l'institution, qui prend par cette présentation dans le cadre non conventionnel du café Bloom, une dimension contextuelle. Plantes de bureau, une série de cinq portraits de plantes reproduites ici, est le sujet d'une fiction, hypothétique ou réelle, élaborée alors que l'artiste consultait les archives du duo canadiens N.E. Thing Co, composé d’Ingrid et Ian Baxter. Actif à une période phare de l'Art Conceptuel, à la Galerie Nationale d'Ottawa en 1969, N.EThing CoEnvironment présente l’audacieuse installation des bureaux commerciaux d'une entreprise en opération, qui prend place dans les salles du musée, étendant ainsi les territoires de l'art et brouillant la distinction entre production commerciale et esthétique. Reprenant ce paradigme d'émancipation de l'art, récurent dans la démarche des artistes à cette époque, Lescarbeau s'infiltre dans Environment par l'entremise de ses archives, et plus particulièrement par la photographie mystérieuse d'une porte entrouverte sur laquelle est inscrit le mot Plant. Elle s'autorise à pousser cette porte, et à y projeter à l'intérieur, l’espace d'entreposage pour «plantes d'exposition», qui occupaient alors, dans le contexte muséal, une place au statut esthétique insolite.

 Pointant cet élément ambigüe dans les salles d'exposition, Lescarbeau manipule leur échelle, les fétichise et les affiche, nonchalantes, sur de longues bandes de papier telles des effigies, disposées méthodiquement au mur, opérant un transfert qui rehausse chacune d'elle au statut d'œuvres d'art. Simulant des codes esthétiques appartenant au registre de la botanique, elle a dressé un inventaire taxonomique de ces 5  espèces, avec l'aide d'un scientifique. Dracaena marginataFicusbenjaminaFicuselasticaMonsteraSchefflera actinophylla  se présentent telles les armoiries de la survivance d'une tradition muséographique disparue.

 Ce dialogue entre document d'archives, étude et prise de vue professionnelles, permet à l'artiste de questionner le principe du catalogage muséal. Mais également, par une reconstitution/reconstruction d'observations et d'interprétations d'un contexte précis de l'histoire de l'art, conjuguée à des pratiques en muséologie, Lescarbeau reproduit le même glissement esthétique que ses prédécesseurs au musée national, créant ainsi une redondance dans un contexte historique.

Se superposant au discours de N.E.Thing Co., qui abolit les frontières et la matérialité de l'art pour mieux dénoncer les limites des institutions, Lescarbeau, en magnifiant un élément équivoque et secondaire de leur exposition, renforce le questionnement sur le statut de l'objet de l'art.

 Le soir du vernissage, l'artiste a réalisé un happening à l’occasion duquel des plantes, à leur état naturel cette fois, ont réintégré pour une deuxième fois l’espace d’exposition. Se présentant avec un camion rempli de plantes qu'elle revenait d'acheter d’un encan de bureaux fédéraux à Ottawa, qui subissait des coupures budgétaires, Lescarbeau souhaitait redistribuer du "bien-être" et revendait ces plantes aux passants, aux visiteurs, et également au café Bloom, reprenant ainsi la place qui leur avait été désignée par l'histoire de l’art.

 

                                                                      Caroline Andrieux